Érasme et les festins en paroles
Érasme séjourna à Anderlecht du 31 mai au 28 octobre 1523. Dans ses célèbres Colloques — les Convivia, parus dès 1518 — il imagine de somptueux « festins en paroles », où les nourritures spirituelles occupent une place plus importante que les plaisirs de la table.
Platine, la volupté honnête
Son aîné Bartolomeo Sacchi, dit Platine, préfet de la Bibliothèque vaticane, accordait davantage d’attention aux nourritures terrestres. Son De honesta voluptate et valetudine rassemble des dizaines de recettes, empruntées pour l’essentiel au Libro de arte coquinaria de maître Martino, chef du patriarche d’Aquilée, et les accompagne de nombreux préceptes diététiques.
Imprimé à Rome vers 1473–1475, ce premier grand livre de cuisine imprimé connut d’innombrables rééditions à Venise, Louvain, Strasbourg, Cologne, Paris et Bâle. Traduit en italien, français et allemand, il ne pouvait être ignoré d’Érasme, voyageur familier de la France, de l’Angleterre, de l’Allemagne et de l’Italie.
Jean-Louis Flandrin et la mémoire de Platine
Le professeur Jean-Louis Flandrin, fondateur de la gastronomie historique à l’Université Paris VIII, vouait une véritable admiration à Platine. Il utilisa même son nom francisé comme pseudonyme dans ses Méditations gastronomiques, d’abord publiées dans la revue L’Histoire puis réunies dans la Chronique de Platine en 1992.
La source des recettes
Les recettes proviennent principalement de la version française du De honesta voluptate, réalisée sous la direction de Didier Cristol et publiée à Lyon en 1505 sous le titre Le livre de honneste volupté et santé, également appelé Platine en françois. Jean-Louis Flandrin en transposa plusieurs passages en français moderne. Une réimpression parue à Orthez en 2003 fut préfacée à titre posthume par Flandrin et complétée par son disciple Silvano Serventi.
« Ce dont je parle, c’est de la volupté à quoi tend la nature humaine, qui est tempérance et mesure. »
Une table humaniste
Platine décrit une table semée de fleurs, entourée de brûle-parfums et posée sur un sol couvert de verdures. Les nappes et serviettes sont blanches. Salières en pain, petits pains ronds, tranchoirs individuels, écuelles partagées, plats d’étain ou de majolique, aiguières, pichets et gobelets composent le service.
Érasme précise que chaque convive dispose d’un couteau pour saisir les aliments solides et couper la viande. La cuillère, destinée aux mets liquides, passe encore de main en main et doit être soigneusement essuyée après chaque usage : une coutume éloignée de notre univers individualiste et hyper-hygiénisé.








